Allocution prononcée par Thierry Pauchant lors du lancement de la Chaire de management éthique

20 mars 2003, HEC Montréal

Espoir...

Voici l'esprit dans lequel s'enracinent les travaux de la Chaire.

Espoir.

que les personnes puissent s'épanouir au travail et non y tomber malade.

Espoir.

que les profits des entreprises soient plus justement distribués et puissent ainsi combler l'écart grandissant entre les riches et les pauvres.

Espoir.

que les produits et les services des organisations ne nuisent pas à l'environnement naturel afin que nous n'offrions pas un cadeau empoisonné à nos enfants.

Espoir.

que les hommes et les femmes au travail puissent vivre une vie plus intégrée et mettre à profit toutes leurs aspirations et leurs talents.

Je suis heureux que ce soit ici, au Québec, et à HEC Montréal, que la première chaire d'éthique dans une École de gestion francophone ait été créée. Je voudrais remercier ici, du fond du cœur, Jean-Marie Toulouse, le directeur de l'École, pour sa volonté de planter ce beau drapeau sur notre édifice.

Mais je suis aussi en deuil, aujourd'hui, le 20 mars 2003, date du début de la guerre en Irak. Je souffre pour les milliers de personnes qui vont perdre la vie pour des intérêts qui ne sont pas les leurs, que ces personnes soient Iraquiennes, Américaines ou autres.

HEC Montréal a déjà plusieurs Chaires, Centres et Groupes de recherche qui abordent les responsabilités sociales et écologiques des gestionnaires. Je pense particulièrement à la Chaire d'économie internationale et de gouvernance, la Chaire d'entrepreneurship MacClean Hunter, la Chaire de management stratégique international Walter J. Somers, la Chaire de leadership Pierre Péladeau, le Centre d'études Desjardins en gestion des coopératives financières, le Centre de recherche sur les innovations sociales, le Groupe de recherche sur les organismes à but non lucratif, communautaires ou culturels, le Groupe humanisme et gestion, et le Groupe d'études et de recherches sur le management et l'écologie que j'ai contribué à fonder à l'École, en 1990.

L'existence de cette Chaire va venir renforcer le travail déjà accompli en collaborant avec ces Chaires, ces Centres et ces Groupes. Je vais aussi inviter ceux et celles de mes collègues de l'École qui le désirent, ainsi que nos étudiants et étudiantes, à devenir membres de la Chaire, et ce dans toutes les dimensions managériales : la communication, la comptabilité, le développement organisationnel, le droit, l'entrepreneurship, la finance, l'innovation, le leadership, le marketing, la production, les ressources humaines, la santé et la sécurité, la stratégie, les technologies de l'information, la gouvernance d'entreprise. Le sujet de l'éthique est en effet transversal et invite à la recherche et aux actions trans-disciplinaires.

À travers ses travaux, la Chaire tentera de répondre à la triple question qui hante actuellement nos sociétés, dans ce monde de guerres, de crises et de scandales : comment faire pour que de «bons» gestionnaires fassent un «bon» travail dans de «bonnes» organisations ? Cette triple question, qui touche à la fois le développement de la maturité des personnes, le recentrage des missions de nos organisations et l'invention de nouvelles pratiques démocratiques en gestion, animera tous les projets de la Chaire.

Par exemple, nous avons débuté un large projet de recherche qui emploie déjà 9 étudiants de maîtrise et de doctorat. Ce projet, appelé le «leadership de grandes valeurs», ou «leadership intégral», tente de mieux cerner le type de leadership établi par les leaders que nous, peuples de la terre, de différentes cultures et religions, admirons le plus, et ce, comme déterminé par une étude récente conduite par Time magazine. Ces leaders incluent le Dalaï-Lama, Mohandas Ghandi, Martin Luther King, Nelson Mandela, Eleanor Roosevelt, Rachel Carson et Mère Teresa.

A ces sept cas, nous ajouterons par la suite d'autres leaders dans tous les domaines d'activité, les affaires, la politique, les sciences, les arts, la religion, et ce à travers le temps et l'espace. Ce projet de recherche permettra l'élaboration de la première base de données systématique sur ce type de leadership, basée sur une centaine de cas, et qui dépasse de beaucoup les codes de déontologie, l'éthique des affaires ou le « politiquement correct ».

En étudiant de façon systématique les motivations profondes et les rêves de ces leaders, les comportements qu'ils ou elles ont développés avec leurs associé(e)s, les valeurs et les attitudes qu'ils encouragent, ainsi que les pratiques et les structures organisationnelles qu'ils mettent en place, nous pourrons démontrer que le leadership éthique n'est ni une idée romantique ni un rêve utopique, mais une réalité vécue par des hommes et des femmes de grandes valeurs au cours de l'histoire. Ce projet permettra aussi de suggérer des pratiques de gestion qui refusent la violence mais tentent d'accroître la richesse commune.

La Chaire, avec l'aide de nombreux collègues de l'École, va également assister la création d'un nouveau diplôme, un Diplôme d'études supérieures en développement éthique organisationnel. Ce diplôme, qui n'existe nulle part au Canada, enraciné dans la pédagogie de l'éducation des adultes et utilisant des technologies d'apprentissage avant-gardistes, sera un incubateur privilégié où des jeunes pourront venir se développer et des gestionnaires en exercice se ressourcer, devenant ainsi des «leaders de grandes valeurs».

La Chaire a aussi beaucoup de chance de compter sur un Comité d'orientation qui pourra la conseiller judicieusement dans ses activités.

Le président de ce comité est :

  • Monsieur Robert Dutton, Président et Chef de la direction, Rona Inc.

Les Membres de ce comité incluent :

  • Monsieur André Beauchamp, Président-directeur, Enviro-sage;
  • Monsieur Denis Beauchamps, Major responsable du développement du programme d'éthique, Défense nationale du Canada;
  • Monsieur Pierre-Marie Cotte, Vice-président, Développement philanthropique, Centraide du Grand Montréal;
  • Monsieur Hubert Doucet, professeur invité, Faculté de théologie et la Faculté de médecine, Université de Montréal;
  • Madame Diane Girard, Responsable du Services d'éthique et d'intégrité, KPMG;
  • Monsieur George Khoury, Directeur du Centre Canadien des relations entre l'entreprise et la collectivité, Conference Board du Canada;
  • Madame Linda Plourde, Présidente, Adecco Québec;
  • Monsieur André Riedl, Ancien Président, Boc Canada;
  • Monsieur Robert Savard, Directeur Général, Association des cadres supérieurs du réseau de la santé et des services sociaux du Québec;
  • Madame Sylvie St-Onge, Directrice, Direction de la recherche, HEC Montréal;
  • Monsieur Pierre Vinet, Vice-président principal, Développement du leadership, Groupe CGI.

Je les remercie à l'avance de leur aide précieuse.

Des recherches scientifiques récentes démontrent sans équivoque que, nous, les Écoles de gestion, et peut-être même HEC Montréal, faisons parfois partie intégrante du problème du manque d'éthique dans les organisations. Si nos étudiants et étudiantes débutent souvent leur programme avec une conception large de la vie et des affaires, incluant l'économique, le politique, le social, l'écologique et l'existentiel spirituel, ils en ressortent parfois avec une vue plus fragmentée, qui leur est inculquée dans le but de maximiser l'efficience à court terme, que cette efficience soit financière ou logistique.

Heureusement, HEC Montréal, en tant que grande École de gestion internationale, tente de préserver un équilibre entre la spécialisation et l'éducation, comme le rappelle souvent Jean-Marie Toulouse.

Je garde donc espoir que cette Chaire, avec l'aide des autres forces vives de l'École, permettra de diminuer cette tendance à la fragmentation, ainsi que de mieux comprendre que l'activité du travail ne se résume pas seulement à un emploi : le travail est aussi un labeur, qui inscrit l'être humain dans le réel de la planète; une oeuvre, par laquelle les humains peuvent se réaliser; et une vocation, par laquelle les femmes et les hommes peuvent assumer leur destin.

Je vous invite à vous associer aux travaux de la Chaire et je nous souhaite, «bon» travail!

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